Hiroyuki Takei, principalement connu pour Shaman King, est un mangaka qui divise les lecteurs. Certains voient en lui un artiste talentueux mais inconstant, tandis que d’autres lui reprochent encore la fin précipitée de son œuvre phare. Pour ma part, je le considère surtout comme un auteur dont les mangas transmettent de nombreux messages, au-delà du divertissement qu’ils proposent.
Né le 15 mai 1972 dans la préfecture d’Aomori, au nord du Japon, Hiroyuki Takei fait ses premiers pas dans le manga avec SD Hyakkaten, publié dans un fanzine. Il poursuit ensuite son apprentissage en tant qu’assistant, notamment auprès de Tamakichi Sakura, auteur de Shiawase no Katachi, et de Nobuhiro Watsuki, le créateur de Kenshin le vagabond. C’est auprès de ce dernier qu’il se lie d’amitié avec un autre assistant promis à un bel avenir : Eiichiro Oda.
Après une première tentative avec Doragu Doll Dan, qui atteint la finale du prix Tezuka, Takei remporte cette récompense grâce à Itako no Anna. Fort de l’expérience acquise durant ses années d’assistanat, il lance en 1997 sa première série, Butsu Zone, dans le célèbre Weekly Shōnen Jump. L’année suivante, il commence le manga qui le fera connaître : Shaman King.
Aux côtés de titres comme One Piece, puis Naruto et Bleach, Shaman King contribue au renouveau du magazine. La série connaît des débuts prometteurs et permet à Takei de se faire une place sur le devant de la scène. Pourtant, au fil du temps, elle perd en popularité et finit par se retrouver régulièrement dans le bas du classement des lecteurs. En 2004, sa publication est interrompue. Avec peu de chapitres à sa disposition pour terminer son récit, Takei laisse une histoire inachevée, accompagnée d’un chapitre bonus qui donne quelques indications sur le destin des personnages. Cette absence de véritable conclusion déçoit une partie de son lectorat.
L’histoire de Shaman King ne s’arrête toutefois pas là. Pour le plus grand bonheur des fans — dont je fais partie —, une réédition deluxe, enrichie de pages en couleur, permet à Takei d’apporter enfin une véritable conclusion à son manga en 2009. L’auteur n’a donc pas abandonné son œuvre ni ses lecteurs : il a fini par lui donner la fin qu’il souhaitait.
Il poursuit ensuite l’exploration de cet univers avec deux tomes consacrés à l’enfance des personnages principaux, puis avec Shaman King Flowers. Publiée entre avril 2012 et octobre 2014, cette suite compte six volumes. En 2018, à l’occasion des vingt ans de Shaman King, Takei revient une nouvelle fois à cet univers avec Shaman King: The Super Star, qui prolonge directement les événements de Flowers.
En parallèle, le mangaka développe d’autres projets, dont le succès reste plus discret. Après l’arrêt initial de Shaman King, il retente sa chance dans le Weekly Shōnen Jump avec Jumbor. Mais les lecteurs ne sont pas au rendez-vous et la série s’arrête après seulement dix chapitres. Malgré ce nouvel échec, Takei ne renonce pas à son idée : il la reprend plus tard dans l’Ultra Jump, autre magazine de l’éditeur Shūeisha.
L’année 2007 lui apporte néanmoins une belle reconnaissance : il est fait citoyen d’honneur de la ville d’Angoulême lors du Festival international de la bande dessinée. En 2008, il annonce également une collaboration avec Stan Lee, cocréateur de Spider-Man. De cette rencontre naît Karakuridōji Ultimo, dont la publication régulière débute en 2009 dans le Jump Square. La série s’achève en 2015 et compte douze volumes. Takei explore aussi un autre registre avec Nekogahara, un manga mettant en scène un chat samouraï, qui se termine en 2018 avec la parution de son cinquième tome.
Ce parcours, marqué par des succès, des interruptions et des reprises, éclaire le regard que Takei porte sur son métier. Selon lui, la véritable difficulté n’est pas tant de débuter dans le Weekly Shōnen Jump que d’y rester. Les séries sont soumises chaque semaine à l’appréciation des lecteurs, dont les votes peuvent peser lourd sur leur avenir. Cette pression influence également l’écriture : il explique notamment que Yoh a été le personnage le plus difficile à faire évoluer, puisqu’il devait rester en accord avec les attentes du magazine.
Pour Takei, un manga doit avant tout être divertissant et facile à lire, avec des dessins suffisamment épurés pour servir le récit. Mais il doit aussi transmettre un message et défendre des valeurs. C’est précisément cette dimension qu’il regrette de voir parfois reléguée au second plan, et qui me touche particulièrement dans ses œuvres. Malgré les irrégularités de son parcours, il reste à mes yeux un artiste attaché à ses personnages et à ce qu’il souhaite raconter à travers eux.
Enfin, pour terminer sur une note plus légère : Hiroyuki Takei possède une chouette prénommée Horokko.
Commentaires
Aucun commentaire pour l'instant. Soyez le premier à réagir.